Drakensberg et Lesotho (tamponneuses) (*)

Et voilà le (seulement) deuxième billet en provenance d’Afrique du Sud, alors que notre compteur affiche déjà près de 5000 kilomètres parcourus dans le pays. Enfin, à l’heure où on le compose, on ne sait pas encore quand on finira par trouver un poste internet qui nous permettra de vous donner ces quelques nouvelles fraîches. Car on navigue en ce moment dans des coins relativement reculés, où on ne trouve pas d’autres touristes que nous-mêmes. Nous avons pour un moment quitté la côte et sommes retournés dans les montagnes. Pendant une bonne semaine, on a ainsi parcouru du sud au nord la superbe chaîne du Drakensberg, ou traduit en bon français, « les montagnes du dragon » (vous ne trouvez pas que ça claque comme nom ? C’est quand même bien plus vendeur de dire « je vais randonner dans les montagnes du dragon » que « je pars en cure thermale dans les Vosges, non ? »). 

Il n’y a personne aux environs disait-on, mais ce n’est certainement pas à cause d’un manque de paysages scéniques. Ces montagnes sont tout simplement magnifiques, et plus que tout, uniques. Bien qu’on commence à en avoir vue une belle quantité, sur un peu tous les continents, il est certain qu’on n’a encore jamais rien admiré de pareil. Prenez un plateau couvert de savane africaine, ces herbes hautes et jaunes où on s’attendrait à croiser un lion derrière chaque acacia, et bordez-le d’une première barrière de falaises. De belles falaises, des murs rouges et gris absolument infranchissables. Rajoutez-y un deuxième plateau et une deuxième muraille de pierre encore plus haute (dépassant les 3000m d’altitude, soit le plus haut massif au sud du Kilimandjaro) par-dessus et ça y est, vous avez une idée de ce à quoi ressemble le Drakensberg. Et n’oubliez pas de multiplier le tout sur plus d’une centaine de kilomètres de long. A chaque passage d’une vallée à l’autre, on en restait le souffle coupé… 

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Au pied du Policeman's Helmet
Au pied du Policeman's Helmet
La sentinelle
La sentinelle
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Ooooh, les gros cochons d'Inde de montagne !

Non si le coin est déserté, il faut plutôt chercher du côté du climat. Comme vous le savez, ici, en ce moment, c’est l’hiver. Et en hiver, dans les montagnes d’Afrique du Sud, il peut faire vraiment très froid. En fait, il y a des écarts extrêmes entre le jour et la nuit. On randonne dans la journée en T-shirt, on peut aussi s’y balader en tongs, en prenant de bonnes couleurs sur les joues, mais la nuit mon dieu qu’il fait froid (on a subi du -7°C). En fait, pour pouvoir supporter ces températures polaires dans notre van non chauffé, il faut d’abord enfiler sa tenue de commando avant d’entrer dans le duvet sarcophage, lui même recouvert de deux couvertures : pantalon chaud, polaire et micro-polaire, grosses chaussettes de laine… Audrey rajoute même des gants et un bonnet à la panoplie.  

Au petit matin, on voit encore que la bagnole est completement gelee
Au petit matin, on voit encore que la bagnole est complètement gelée

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La contrepartie, c’est qu’on a un temps absolument magnifique (très peu de précipitations en hiver). Le ciel est d’un bleu d’acier et pas un nuage ne vient boucher l’horizon. Un temps parfait pour randonner et on s’en est donné à cœur joie. Avec un plaisir d’autant plus grand qu’on n’avait pas fait d’exercice sérieux depuis… voyons voir… le Milford Track en NZ. Wahou ça date (comme on dit en Égypte). 

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En particulier, on a fait une de nos plus belles randos autour de Cathedral Peak, une marche de près de 9h qui nous a menés au-dessus des falaises pour avoir une vue magnifique sur toute la région. On marchait sur des sentiers vertigineux avec l’impression de voler au-dessus des pics. Et on était parfaitement seuls, exceptés les vautours. Il régnait un silence incroyable, presque dérangeant pour qui est habitué aux montagnes françaises où il y a toujours un bruit perceptible, qu’il vienne d’une route, d’un village ou même simplement de la cloche d’une vache. Là, même pas un souffle de vent… Et en plus on a rencontré notre première neige africaine, encore conservée sur les versants à l’ombre. Tiens, ce serait pas mal si on pouvait skier… 

Pendant la montee vers Cathedral Peak
Pendant la montée vers Cathedral Peak

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La premiere neige
La première neige

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Le Peak en lui meme, assez impressionnant
Le Peak en lui-même, assez impressionnant

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Oui c'est un peu abrupt...
Oui c'est un peu abrupt...

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Best panorama ever !!!
Best panorama ever !!!

Enfin bref, c’est dans ce décor de rêve qu’on a fêté l’entrée dans la « vieillerie » de Vincent. Plus exactement, Vincent a fêté ses 30 ans au Royal Natal National Park. Et autant on avait choisi le décor et les activités parfaits pour les 30 ans d’Audrey (plage, coraux et farniente) autant on ne pouvait mieux tomber pour Vincent : montagne et rando tous les jours, avec le soleil en prime, yeepeeh ! On a passé la journée du 27 (oui, c’était le 27, trop tard pour les retardataires) à marcher dans des gorges au pied de « l’amphithéâtre », un immense cirque surplombé de falaises impressionnantes et contenant en son sein une des plus hautes cascades au monde (qui pour le coup, était complètement gelée). Audrey en a profité pour prendre sa revanche sur le fait de n’avoir eu qu’une bougie / chauffe-plat pour son anniv’ et a fait souffler ses (ou plutôt sa) bougie(s) à Vincent sur absolument tout ce qu’il a ingurgité durant la journée. Il y a eu les céréales d’anniversaire, la tartine d’anniversaire, la pistache d’anniversaire, l’avocat d’anniversaire… avant, tout de même, le gâteau. 

C'est super mal fait mais c'est cense etre un mime de 30 (ans)
C'est super mal fait mais c'est censé être un mime de 30 (ans)
La saucisse d'anniv'
La saucisse d'anniv'
La pistache
La pistache

Et les cereales
Et les céréales L'amphithéâtre en question, grandiose
Un peu de grimpette
Un peu de grimpette

Remarquez les ballons sur le sac a dos
Remarquez les ballons sur le sac à dos

 Mais revenons à ce qu’on disait un paragraphe plus haut et sur un mot en particulier qui résonne à nos oreilles comme une douce musique : le ski ! Il y a deux semaines de cela, on n’aurait même pas eu l’idée incongrue de faire du ski en Afrique du Sud. Pour ce qu’on en savait, le ski en Afrique se limitait au Maroc, point à la ligne. Erreur ! Ce furent d’abord deux hollandais rencontrés au Swaziland qui nous ont dit que oui, peut-être, il y aurait bien une station dans le coin mais… au Lesotho ! On est allé vérifier sur internet et en vérité, il y a même deux stations, l’une en Afrique du Sud elle-même, et l’autre effectivement au nord du Lesotho. Ni une, ni deux, on a inscrit cette dernière à notre programme, parce que skier au Lesotho, on trouve que ça assure un max (et qu’on comptait de toutes façons passer dans le coin). 

Le Lesotho vous connaissez ? C’est ce minuscule pays complètement enclavé dans l’Afrique du Sud. Pas d’autres voisins, ni même un accès à la mer. Et un territoire sûrement aussi montagneux que la Suisse (la richesse en moins malheureusement). D’ailleurs, l’intitulé officiel du pays est « Royaume des montagnes du Lesotho ». Une grande partie du pays se trouve au-dessus de 2000m et les conditions climatiques en hiver sont assez terribles. Ce qui donne au paysage des allures certaines de Tibet, par son aspect aride et rocheux. Par contre le pays possède une ressource inestimable : de l’eau. Il semblerait que toute l’eau (et ce n’est pas une façon de parler) de l’Afrique du Sud provienne du Lesotho, ce qui apporte un peu de devises à la contrée et aide Lesotho-chtones (*) à s’en sortir.

Les hauteurs du Lesotho, avec un petit air de Tibet
Les hauteurs du Lesotho, avec un petit air de Tibet

 Et qui dit précipitations plus froid dit neige. C’est ainsi qu’un autrichien un peu fou a décidé de monter de toutes pièces une station à côté du minuscule hameau d’Oxbow, à plus de 2500m d’altitude. La route pour y aller est une des plus violentes routes de montagnes qu’on ait jamais empruntée. Vingt kilomètres d’épingles à cheveux vertigineuses et tellement raides qu’on n’a jamais pu dépasser le 40 km/h, pied au plancher, rapports les plus bas enclenchés ! Pour ajouter au piquant de la chose, on croisait des camions surchargés qui descendaient comme des fous en se souciant peu de notre petit véhicule… En fait, après avoir conduit au Lesotho, on peut affirmer que la conduite en Afrique du Sud est une expérience tout à fait sécuritaire. Enfin, pour arriver jusqu’à la station elle-même, il faut finir par quelques kilomètres de piste en gravier. Bref, il faut vraiment se le mériter, son ski !  

La vue generale sur le site
La vue générale sur le site

La piste dans son integralite (pas bien grande hein ?)
La piste dans son intégralité (pas bien grande hein ?)

 Et tout ça pour quoi alors ? Et bien Afriski (c’est le nom de la station) dispose d’un domaine culminant à la très estimable altitude de 3222m (genre le haut des pistes de Tignes, par exemple). Ce qu’il ne faut pas dire, c’est que le bas des pistes se situe, lui, à environ 3000m. Et que par « bas des pistes » on entend plutôt bas de LA piste. Car oui, il y a une seule et unique piste, longue d’un peu plus d’un kilomètre, perdue au milieu de nulle part, complètement incongrue dans cet environnement minéral. Mais les installations sont plutôt modernes : il y a un téléski et des dameuses, qui avaient visiblement bien travaillé car la couche de neige était plutôt agréable à skier. Au final, nous ne sommes restés pour skier qu’une demi-journée (une fois comparé avec le niveau de vie du pays, le prix du forfait est tout à fait qualifiable de « vol caractérisé», ce qui nous fait dire qu’on ne critiquera plus jamais les tarifs français) mais on s’est vraiment bien amusé. En fait, la qualité du ski était étrangement bonne, avec une neige assez souple en milieu de journée. Et puis il faut le dire aussi, on avait clairement le meilleur niveau de la station et on pouvait (un peu) grave se la péter ! 😀   

Et vue d'en haut
Et vue d'en haut

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On aime beaucoup le "extreme" !
On aime beaucoup le "extreme" !

 A l’heure qu’il est, le plan est de continuer vers le sud du petit royaume pour aller faire une rando à cheval dans les environs de Malealea, puis de retrouver simultanément l’Afrique du Sud, la côte et des températures nocturnes au-dessus de 0°C. Direction ensuite Cape Town (étape indispensable de toutes façons si on veut avoir le moindre espoir de faire réparer notre reflex) avant de remonter vers la Namibie. See you later ! 

(*) Vincent supporte la pleine et entière responsabilité de ces calembours (hâtifs), calembours d’autant plus moisis que le Lesotho ne se prononce pas Lé-zo-to à la française , mais Lé-ssou-tou !

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